Article publié dans les Actes du Colloque international
"Les Études françaises valorisées
par les nouvelles technologies
d'information et de communication"
Toronto, 12-13 mai 2000

ENSEIGNER AVEC LA CLÉ DES PROCÉDÉS LITTÉRAIRES

http://www.cafe.edu/cle

par Sylvain Rheault


1. UN PARCOURS ANALYTIQUE
1.1. Les dimensions du texte.
1.2. L'énonciation.
1.3. L'énoncé.
1.4. Les signifiants linguistiques.
1.5. Les signifiants physiques.
1.6. Catégories d'opération selon le nombre d'objets.
1.7. Trois niveaux opératoires.
1.8. Objets dont on considère la qualité.
1.9. Objets dont on considère la quantité.
1.10. Objets dont on considère la position.
1.11. Ajout, suppression, substitution.
1.12. Rapprochement et opérations apparentées.
1.13. Classer les figures.
2. DISSÉQUER LES GENRES
2.1 Du procédé au genre.
2.2. Les pages choisies.
2.3. Du genre au style
3. AU TOUR DE L'INTERNAUTE


L'enseignement de l'analyse de texte passe par le discours de l'enseignant. L'apprenant écoute, pose des questions, tente de refaire le processus d'analyse sur un autre texte... Pourrait-on concevoir un scénario où l'étudiant apprendrait lui-même un processus d'analyse en ligne? La Clé des procédés littéraires tente de répondre à ce besoin en exploitant les possibilités de l'hypertexte, un environnement idéal pour passer des textes aux procédés, des procédés aux genres, avant de retourner au texte. Le cheminement inverse est aussi possible. Sans les nouvelles technologies de l'information et des communications, un tel outil d'identification n'aurait pu voir le jour.


1. UN PARCOURS ANALYTIQUE

Cas 1. Des internautes me contactent pour que je les aide à identifier des procédés. Je réponds en proposant une brève analyse par les matériaux et les opérations, suggère quelques noms de figures mais aussi quelques cases de la clé des procédés littéraires qu'ils peuvent explorer. Les internautes vont voir les cases en question et jugent si ce qu'ils y trouvent leur convient. Il leur est loisible de poursuivre leurs propres analyses en prospectant les cases d'autres matériaux et opérations.

Je cherche la signification de paranomase correspondant à un style de poésie. Pouvez vous m'aider? Merci.
Signé: Isabelle

Bonjour,
Paronomase: deux mots sont apparentés par les sons qu'ils ont en commun. Ex. Tu parles, Charles.
Pour plus d'information sur la paronomase, voyez la Clé des procédés littéraires: www.cafe.edu/cle
Utilisez l'index pour remonter jusqu'à la paronomase et explorez les exemples et les procédés apparentés.
Bien à vous,
Signé: Sylvain

Ça fait longtemps que je me pose la question et je n'y ai jamais trouvé de réponse. Votre site m'a été référé par un professeur de français du collège et il est très intéressant. Malheureusement, je n'ai pu y trouver l'information recherchée. Vous connaissez sûrement Léonard De Vinci et sa façon d'écrire. Voyez, il écrivait à l'envers et il fallait un miroir pour lire ses écrits. Par hasard, lorsque j'eus 7 ans, j'ai commencé à écrire de cette façon: à l'envers, partant de la droite pour finir à gauche mais à l'inverse de l'écriture traditionnelle. Alors, il fallait un miroir à mes proches pour me lire. J'aimerais connaître le nom de ce procédé. Quelqu'un m'a dit que cela s'apparentait à la dyslexie, mais je ne suis pas d'accord. Alors, pouvez-vous m'aider à trouver cette information.
Signé: Stéphanie

Bonjour,
Dyslexie ou dysorthographie réfèrent surtout à des troubles d'apprentissage. Dans le cas de Léonard de Vinci, on peut parler de boustrophédon. Voyez les définitions et les exemples dans la clé au moyen de l'index. Bien à vous,
Signé: Sylvain

J'ai déjà écris à votre personnel que je cherchais le nom d'un procédé d'écriture qui consiste à écrire à l'envers (à la façon de Leonardo Da Vinci. On m'a répondu qu'on appelait ce procédé un boustrophédon. Mais après avoir consulté votre index, un boustrophédon c'est l'inversement des lettres du début à la fin. Exemple: einahpets pour Stephanie. Par contre, on doit lire l'écriture de Da Vinci dans un miroir pour la déchiffrer. Alors que pour le boustrophédon, on peut le lire facilement à l'oeil. Qu'est donc la réponse à mon énigme?
Signé: Stéphanie

Bonjour,
Voyez le procédé RÉFLEXION 2 dans la Clé. Vous pouvez le trouver au moyen de l'index à la page: www.cafe.edu/cle L'inversion porte sur le "graphisme" des lettres. Espérant que cette nouvelle proposition sera satisfaisante,
Signé: Sylvain


Figure 1. On peut analyser un procédé littéraire au moyen de deux composantes: un matériau, (symbolisé par l'encre) et une opération (figurée par la plume).

La Clé des procédés est un dictionnaire qui permet d'identifier les figures de style dans un texte. Son fonctionnement s'inspire de la clé dichotomique, fort utilisée en botanique. Au moyen de questions à embranchement binaire, qui orientent vers d'autres questions, on peut aboutir au nom de l'arbre ou de la plante qu'on veut identifier. Par exemple, les feuilles sont-elles allongées? Oui / Non. Si oui, on passe à la question suivante. Si non, on passe à un autre type d'arbre. Les feuilles sont-elles dentelées? Oui / Non. Si non, il s'agit d'un chêne, etc.

La Clé des procédés littéraires, au lieu de proposer un cheminement au moyen d'embranchements binaires, a pour base des concepts rhétoriques élémentaires, comme les définissent le Groupe mu dans Rhétorique générale (1970) et B. Dupriez, dans "Taxinomie(s)", Texte --- La Rhétorique du texte, (1989). Ces éléments rhétoriques se divisent simplement en matériaux et opérations. Les matériaux littéraires, ce sont les mots, les lettres, le destinataire, etc., soit tous les "objets" qu'on peut utiliser à des fins esthétiques. On entend par opération tout ce qu'on peut "faire" avec les "objets", ou matériaux littéraires, pour obtenir un effet désiré. Pensons à l'ajout, la suppression, la permutation, la rupture, la prépondérance, etc.). Par exemple, pour le procédé d'allitération dans "Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?" (Racine, Andromaque, V, 5), l'opération de répétition (nous distinguerons plus tard parmi les procédés de répétition ceux portant sur des nombres précis ou indécis) agit sur la sonorité, qui en est le matériau. La répétition reprend ici cinq fois le même objet, soit le son "s". Sans reprendre toutes les réflexions qui ont mené à ces concepts, nous allons les présenter rapidement au moyen de tableaux. Voyons d'abord les matériaux.

TABLEAU DES MATÉRIAUX
ou objets du faire expressif.
LES DIMENSIONS DU TEXTE
 Oeuvre envisagée globalement. Texte.
 Partie d'oeuvre. Paragraphe (ou phrase). Segment linéaire étendu.
 Segment moyen. Membre de phrase. Rythme. Étendue temporelle.
 Segment court. Disposition sur la page. Étendue spatiale.
LES ASPECTS DU TEXTE (le signifié)
L'ÉNONCIATION. L'ÉNONCÉ.
 Situation. Où, quand se fait la communication.  Contenu du texte, sans spécification.
 Types de contact entre les interlocuteurs.  Objet, outil, vêtement, parties du corps.
 Locuteur. Auteur. Celui qui dit je.  Sentiment y compris les sensations.
 Destinataire. Celui à qui on dit tu.  Idée, abstraction.
 Façonnement esthétique. Les genres littéraires.  Action.
 Visée argumentative. Intention.  Personne, personnage, il(s) ou elle(s), institution.
LES ASPECTS DU TEXTE (le signifiant)
Les aspects linguistiques. Les aspects physiques, sensibles du texte et de la langue.
 Langue en général, sans spécifier.  Sonorité.
 Forme lexicale. Le vocabulaire.  Mélodie et intonation.
 Forme grammaticale. Marques de l'actualisation.  Geste, mimique.
 Construction syntaxique et fonctions actancielles.  Graphie, choix des lettres et de leur forme.
 Graphisme, dessin.

Y figurent d'abord les dimensions du texte, de la plus grande, l'ensemble de l'oeuvre, aux plus petites parties d'espace et de temps. Ensuite sont regroupés les matériaux du signifié. On y retrouve l'énonciation, où sont repris quelques-uns des classèmes de Jakobson, ainsi que l'énoncé, divisé en fonction des principales catégories de contenu. Puis les deux grandes articulations du signifié, telles que les envisageait Martinet, viennent compléter le tout avec, d'un côté, les aspects linguistiques ou combinatoires, et de l'autre, les aspects physiques du texte.

1.1. Les dimensions du texte.
Les dimensions concrètes du texte définissent son étendue dans l'espace (étendue spatiale) on dans le temps (étendue temporelle). Dans le premier cas, il s'agit de procédés touchant la mise en page, dans le second cas il est question de rythme. On peut considérer aussi un des segments du texte (segment linéaire étendu) ou sa globalité (texte). On parcourt ici différentes dimensions physiques du texte, du syntagme à l'oeuvre, en passant par la phrase, l'alinéa, le paragraphe et le chapitre, éléments qui constituent des aspects unitaires ou sécables utiles.

1.2. L'énonciation.
L'énonciation, un des aspects du signifié, ne concerne pas directement le contenu mais tout ce qui peut en modifier la signification. Inspirés des pôles de l'énonciation définis par Jakobson dans Essai de linguistique générale, la situation, le contact, l'auteur, le destinataire, le façonnement esthétique et la visée argumentative permettent de classer les procédés de sens qui prennent place dans le texte ou dans son environnement immédiat et qui peuvent en modifier le contenu.

1.3. L'énoncé.
Le contenu du texte, ou l'énoncé, englobe tout ce qui est directement exprimé dans le texte. Il s'agit du contenu explicite, pris globalement. Pour les besoins des matériaux de la littérature, on peut en gros distinguer les contenus centrés sur un objet, une idée, un sentiment, une action ou une personne. Un énoncé pris dans un sens général sera classé dans la catégorie contenu. Ces éléments permettent de créer de nombreuses catégories très utiles pour le classement.

1.4. Les signifiants linguistiques.
Martinet les présente comme la deuxième articulation du signifiant, la première étant les signifiants physiques. La langue, comme classème, permet de regrouper les procédés qui touchent globalement tous les autres aspects, soit la forme lexicale, la forme grammaticale et la construction syntaxique.

1.5. Les signifiants physiques.
On trouve ici les procédés du signifiant directement accessibles aux sens. On peut entendre la sonorité et la mélodie, voir le geste, la graphie et le graphisme.

TABLEAU DES OPÉRATIONS
ou «ce qui est fait en vue de dire».
. ÉLÉMENT. ENSEMBLE. STRUCTURE.
QUALITÉ  Bien.  Mieux ou moins mal.  Tragique.
 Mal.  Pire ou moins bien.  Comique.
QUANTITÉ  Nombre précis.  Répartition.  Usage.
 Nombre indéfini.  Totalité.  Rareté.
POSITION (Ordre) (Place) (Organisation)
 Gradation.  Au milieu.  En conformité.
 Alternance.  Au début.  En opposition.
 Inversion.  À la fin.
 Désordre.  À côté.
OPÉRATION PORTANT SUR UN OBJET  Ajout.  Augmentation.  Complexification.
 Suppression.  Diminution.  Simplification.
OPÉRATION PORTANT SUR DEUX OBJETS
(un à la fois)
 Substitution.  Modification.  Métamorphose.
OPÉRATION PORTANT SUR DEUX OBJETS OU PLUS
(en même temps)
 Rapprochement.  Ressemblance.  Amalgame ou confusion.
 Dépendance.  Ressemblance et dissemblance.  Prépondérance.
 Séparation forcée.  Rupture ou dissemblance totale.

1.6. Catégories d'opération selon le nombre d'objets.
Le Groupe mu proposait, dans Rhétorique générale, quatre opérations rhétoriques: suppression, adjonction, suppression-adjonction et permutation. Ces opérations paraissaient englober toutes les possibilités de procédés. Cependant, en redéfinissant les champs d'application de ces quatre catégories de base définies par les travaux remarquables du groupe de Liège, il devient possible d'en élaborer de nouvelles. Pour ce faire, les catégories mises au point prennent en considération la quantité d'"objets" présents lors de l'opération. Un premier aperçu des catégories permettra d'y voir plus clair. On peut donc se demander si l'opération porte sur:
1. un seul objet.
2. deux objets, un seul étant présent à la fois.
3. deux objets en même temps qui sont mis en relation.
4. des objets dont on considère la quantité.
5. des objets dont on considère la position.
6. des objets dont on considère la qualité.
En partant des catégories d'opérations proposées par le Groupe mu, on remarque que, pour l'adjonction comme pour la suppression, l'opération ne porte que sur seul objet ou type d'objet (catégorie 1). En ce qui concerne la substitution (présentée par le Groupe mu comme suppression-adjonction), il est possible de percevoir deux objets (catégorie 2), en précisant cependant qu'un seul est présent à la fois. Par exemple, pour pouvoir dire d'un texte qu'il s'agit d'une traduction (substitution de langue), il faut connaître l'existence d'une version originale. Enfin, l'opération de permutation porte sur deux objets ou plus dont on considère les positions respectives (catégorie 5). Pour les répétitions significatives, comme les allitérations, le récit répétitif ou le pentagramme, plutôt que d'y voir une adjonction reprise un certain nombre de fois, il semblait utile de définir un nouveau champ d'application représenté par des objets dont on considère la quantité (catégorie 4). Par déduction, à partir des regroupements d'application placés dans un ordre croissant d'objets d'opération, on peut extrapoler le cas où deux objets présents en même temps sont mis en relation (catégorie 3). S'y regroupent des procédés comme le plagiat, puisqu'il faut avoir sous les yeux à la fois la copie illicite et l'original avant de pouvoir porter le verdict de plagiat, ou le mot-valise avec ses deux lexèmes étroitement collés. Précisons que dans la plupart des cas les deux objets de l'opération considérés ressortissent au même paradigme ou à la même dimension mais qu'il existe deux cas, l'amalgame et la prépondérance, où les deux matériaux sont de nature différente du fait que l'opération porte sur la structure implicite. Nous y reviendrons. Enfin, pour dire d'un contenu qu'il est bon ou mauvais, il faut "opérer" un jugement de valeur, autrement dit prendre en compte la qualité des objets (catégorie 6). Pour compléter les catégories de classement des opérations, il faut tenir compte de trois niveaux opératoires.

1.7. Trois niveaux opératoires.
Des procédés comme l'addenda, la glose et l'intertexte doivent être envisagés comme des adjonctions touchant le matériau "texte". Malgré qu'ils soient étroitement apparentés par l'opération qui les définit, les différences sont notables. En intégrant des degrés de complexité aux travaux de taxinomie et de typologie, il devient possible de distinguer ces trois exemples. On constate tout d'abord que le degré de complexité de l'opération va croissant. La prise en considération des niveaux opératoires, dont nous allons parler, donnera à notre travail un outil supplémentaire pour l'analyse. Pour chacune des catégories d'opération portant sur la quantité d'objets, il est donc possible de distinguer trois niveaux opératoires, selon que le matériau rhétorique est considéré en tant qu'élément, ensemble ou système.
1) Dans les cas les plus simples, le matériau apparaît comme un élément indivisible. On considère le paradigme de l'extérieur, comme un objet constituant une quantité discrète. On ne peut donc y effectuer que des opérations globales ou totales. À ces cas correspond la colonne pâle dans le tableau.
2) Le matériau peut se présenter comme un ensemble formé de parties. On considère le paradigme de l'intérieur et on peut y effectuer des opérations partielles ou sur des parties. Cette catégorie regroupe tout ce qui constitue une quantité continue. Se référer à la colonne médiane dans le tableau.
3) Enfin, il est possible de considérer le matériau en tant qu'ensemble de possibles ou, comme le propose Henri Meschonnic dans Pour la poétique Vol. I: "ne plus partir du style comme écart, choix dans la langue, originalité --- partir de l'oeuvre tout entière, comme système générateur de formes profondes, fermeture et ouverture." Dans ce cas-ci, le matériau se présente comme une structure aux multiples relations, qui s'établissent au sein d'une organisation en réseau. Voir la colonne foncée dans le tableau.
Avec ces trois nouvelles classes d'opérations, reprenons la difficulté que nous avions laissée en suspens, soit de distinguer dans le texte les adjonctions que sont l'addenda, la glose et l'intertexte. L'addenda constituant un texte en soi, il est adjoint au texte original un texte nouveau, considéré en tant qu'entité semblable à la première; il s'agit d'un ajout. Avec la glose, on adjoint du texte à un autre qui existait déjà. Le texte, pris comme ensemble, se voit donc augmenté; c'est l'opération d'augmentation. Enfin, l'intertexte établit tout un jeu de nouvelles relations avec le texte considéré comme système; on peut alors parler de complexification.

1.8. Objets dont on considère la qualité.
Le comique opère à partir des valeurs connues du public et peut être vu comme une opération qui consiste à porter un jugement de valeur sur une situation donnée. La "qualité" d'un objet, se définit non pas comme un contenu, mais comme un jugement opéré sur cet objet. Les deux pôles de la connotations étant le bien et le mal, les trois niveaux opératoires précédemment définis permettent de distinguer six opérations. Au niveau le plus élémentaire, l'opération de qualité attribuée à un objet considéré globalement détermine qu'un élément est bon ou mauvais. Les opérations obtenues font penser en bien ou en mal à propos de l'objet. Un texte dont on pense beaucoup de bien passera pour un chef-d'oeuvre. Dans le cas des ensembles, on ne tient compte que d'une partie des valeurs implicites en vue de comparer. Considérons d'abord le cas où l'opération introduit une nuance méliorative dans une structure, comparé à un état précédent. On dira alors que c'est mieux ou moins mal. Une anthologie, par exemple, regroupe les textes considérés comme les meilleurs d'un ensemble. À l'opposé, si l'opération propose une nuance péjorative, ce sera moins bien ou pire. D'une production ambitieuse sur le plan littéraire, mais qui rate son but, on parlera d'écrivasseries. Le troisième niveau opératoire, celui des structures, établit quant à lui un jeu complexe dans les réseaux de valeur où des courts-circuits peuvent détourner le jugement. Avec le tragique, le bonheur se tourne en malheur; on s'attendait à quelque chose de bien, mais le contraire se produit. Dans le cas du comique, le malheur se tourne en bonheur.

1.9. Objets dont on considère la quantité.
Lorsque l'attention se porte sur le nombre d'objets de même nature, sans égard aux différences de détail, on ne considère plus l'objet en soi, mais sa contribution à un procédé portant sur la quantité. Pour une collection donnée d'éléments indivisibles, il sera question de nombre précis si l'exactitude importe. La métrique française, par exemple, utilise beaucoup de procédés de ce type pour l'établissement de formes fixes. Si l'exactitude n'a pas d'importance, s'il est suffisant de savoir qu'il y a peu ou beaucoup d'éléments, il s'agit d'un nombre indécis. C'est le cas pour l'allitération, qui joue sur la répétition d'un son, sans qu'importe précisement la quantité. D'un objet pris comme ensemble il y aura lieu soit d'opérer en répartition, si on en considère individuellement les parties, soit sur la totalité, si on en considère globalement les parties. L'usage permet de mettre à jour une fréquence d'utilisation dans un système donné. L'objet se voit consacré par une répétition ou par un consensus au sein d'un groupe d'utilisateurs à l'intérieur d'une limite spatio-temporelle donnée. La rareté, quant à elle, se définit inversement et signale une parcimonie d'utilisation notable. Autrement dit, le système a tendance à se restreindre.

1.10. Objets dont on considère la position.
Seule est considérée ici la disposition d'objets de même nature, sans égard aux différences de détail. Au premier niveau opératoire, on place une série d'éléments selon un ordre que l'on juge significatif. On parle de gradation si une série d'éléments indivisibles présente un certain ordre croissant ou décroissant, d'alternance si un même élément revient régulièrement dans une série, d'inversion si une série d'éléments indivisibles présente un ordre contraire à celui qui est attendu et de désordre si une série d'éléments indivisibles est présentée délibérément sans ordre. Au niveau suivant, il est nécessaire de disposer d'un point de référence pour déterminer une position. L'opération se nomme au milieu si quelque chose est placé au centre de l'ensemble. On considère par exemple que le présent définit une position au centre de la durée. Dans le même ordre d'idée, on a au début ou avant si quelque chose précède ou commence l'ensemble, à la fin ou après si quelque chose suit ou termine l'ensemble, et à côté si quelque chose est placé en parallèle à l'ensemble. Enfin, lorsque le matériau est envisagé comme système, on délimite un réseau, on met en évidence quelque chose dans la matrice, on met à jour une organisation. À ce type d'opération se rattachent les procédés qui s'appuient sur une organisation déjà en place. On aura ainsi les opérations en conformité et en opposition.

1.11. Ajout, suppression, substitution.
Les procédés qu'on trouve dans les opérations portant sur un seul objet et dans celles portant sur deux objets mais où un seul est présent à la fois forment les opérations élémentaires des figures de style. L'ajout, l'augmentation et la complexification ont été exemplifiés lors de l'explication des niveaux opératoires. L'opération contraire appliquée à des unités sera la suppression. Des parties semblables soustraites à un ensemble définissent la diminution. On peut ainsi, en prenant pour exemple le matériau "contact", diminuer son efficacité en faisant preuve d'esprit de clocher. Il faut remarquer qu'un même procédé peut être décrit en fonction de niveaux opératoires différents selon le type de matériau considéré. L'épenthèse et la syncope, ajout et suppression de lettres, seront des augmentations ou des diminutions pour le mot. L'opération de substitution, comme l'a définie le Groupe mu dans Rhétorique générale, peut être envisagée comme une suppression suivie d'une adjonction. Autrement dit, deux objets de même nature sont mis en relation mais l'un d'eux seulement est présenté. C'est le cas de l'antanaclase, procédé qui consiste à remplacer le sens d'un mot par un autre de ses sens possibles. Sur l'objet envisagé comme un ensemble, on peut effectuer des substitutions partielles, et on parlera d'altération. Cette opération appliquée à la langue permet de classer des phénomènes comme le baragouin ou le français parlé avec un accent italien. Au sein d'un système, l'action d'adjoindre crée une complexification en ce sens que le procédé développe davantage de relations dans une structure donnée. Supprimer devient une simplification, si le procédé s'en tient à un minimum de relations dans une structure donnée. La maturation est un exemple de complexification du locuteur, alors que le mot d'enfant illustre l'opération inverse. La métamorphose, enfin, une substitution de système, permet de classer les procédés de transformation complexe.

1.12. Rapprochement et opérations apparentées.
Même s'il peut se présenter des cas où plus de deux objets d'opération sont présents à la fois, les relations considérées se font toujours sur les objets pris deux à deux. Précisons que les objets de l'opération doivent être de même nature (des mots, des contacts), sauf dans le cas de l'amalgame et de la prépondérance qui établissent des relations entre deux matériaux différents. Lorsque deux éléments indivisibles de même type sont mis en relation, on suppose l'existence d'atomes crochus, de "forces" qui en émanent. L'image du magnétisme permet de mieux comprendre comment agissent les phénomènes d'attraction et de répulsion. Ainsi, on peut considérer trois types de relations entre les éléments: on met en présence deux pôles répulsifs, on sépare deux pôles attractifs ou bien on les laisse dans une relation naturelle d'attraction. Le rapprochement forcé expose l'union de deux éléments dont les "forces" ne se conviennent pas, ou pas tout à fait, et qui sont mis en rapport malgré eux. Dans le pot-pourri, on réunit des textes normalement disjoints. La dépendance, quant à elle, décrit le rapport entre deux éléments dont les "forces" se conviennent particulièrement bien. On pourrait même parler ici d'une relation naturelle ou normale entre les éléments mis en présence. Avec la séparation forcée, deux éléments dont les "forces" se conviennent sont séparés l'un de l'autre. Au point de vue du matériau de la visée argumentative, un cas "séparé" de la loi s'appelle une dérogation. Au niveau plus complexe des ensembles, nous sommes amenés à tenir compte soit des parties présentant des similitudes (ressemblance), soit de celles qui présentent des différences (dissemblance). De ce point de vue, les cas limites comme l'inclusion complète d'un ensemble dans l'autre ou l'intersection vide sont particulièrement intéressants et, étrangement, assez fréquents en littérature. La ressemblance entière correspond au cas où deux ensembles d'un même paradigme ayant toutes leurs parties communes se ressemblent en tout point. Bien qu'il s'agisse de deux ensembles distincts, l'intersection est si parfaite qu'il n'est pas possible de considérer les différences. On pourrait aller jusqu'à parler d'identification. Ainsi, le spécimen sera un objet identique à ce qui sera produit, mais qui est pourtant distinct. Avec l'opération de ressemblance et dissemblance, on peut au besoin considérer de deux ensembles donnés, soit les parties semblables, soit les parties dissemblables. Dans la dissemblance totale, ou rupture, deux ensembles d'un même paradigme présentent des différences notables au point de n'avoir aucune partie commune ou presque. Enfin, le jeu complexe des liens entre deux structures donne lieu à deux opérations: amalgame, si les matériaux en jeu sont considérés sur un pied d'égalité et prépondérance, si l'un a plus d'importance que l'autre ou s'efface. Avec l'amalgame, deux matériaux pris comme réseaux relationnels sont donnés simultanément. La prépondérance constitue une opération à sens unique, puisque un paradigme "A" prime sur un paradigme "B". Chacun des matériaux, à son tour, peut devenir l'élément dominant de l'opération et, à sont tour, se voir dominé par un autre. On peut ainsi classifier assez facilement presque tous les phénomènes de représentation.

1.13. Classer les figures.


Figure 2. On peut distribuer les figures de style (les fleurs de rhétorique) dans les cases créées par l'intersection d'une opération et d'un matériau (975 cases au total).

À partir des matériaux et des opérations, il est possible de construire une grille de classification qui ressemble à un tableau périodique et dans lequel peuvent être distribués les procédés connus. C'est en fouillant à l'intersection d'un matériau et d'une opération, endroit que nous désignons par case, que l'utilisateur pourra identifier un phénomène de style observé dans un texte. Hugo écrit dans les Châtiments:

Waterloo! Waterloo! Waterloo! morne plaine!
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons.

On trouve Waterloo répété trois fois. Le matériau en jeu ne peut être que la forme lexicale. L'opération, sans doute un nombre précis (l'opération voisine, nombre indécis, sera aussi à considérer au cas où le premier choix ne mènerait pas à des procédés satisfaisants). On risque donc de trouver le nom du procédé en consultant la case forme lexicale/nombre précis. On trouvera là triplication. Dans la citation, cependant, il apparaît difficile d'attribuer une opération à la pâle mort. Les matériaux en jeu, ici, semblent double: la personne (la mort agit comme un personnage puisqu'elle "mêle") et l'idée (ce que la mort représente). Il manquerait donc quelque chose à la grille de classement.


Figure 3. Certains procédés littéraires ne peuvent être décrits autrement que comme la présence simultanée de deux matériaux.


Figure 4. On obtient de nouvelles combinaisons en mettant en relation les matériaux deux à deux.

Il est apparu, au cours du processus de classification, que certains procédés étaient fortement caractérisés par deux matériaux, sans qu'il soit possible d'en dégager nettement une opération. L'"attitude" peut se définir comme la manifestation conjointe du matériau "geste" et du matériau "personne". En mettant en relation deux matériaux présents simultanément dans un procédé, une nouvelle gamme de possibilités de classement peut être élaborée. On peut recréer un tableau combinatoire semblable à celui rapportant les opérations aux matériaux. Les intersections entre les matériaux donnent lieu à deux types de relation: les amalgames (les deux matériaux sont présentés sur un pied d'égalité) et les prépondérances (l'un des matériaux a plus d'importance que l'autre, même si tous deux sont essentiels), ce qui donne, en fin de compte, trois possibilités pour chaque couple.


Figure 5. Chacun des matériaux peut être combiné avec tous les autres et soit avoir la même importance, plus d'importance ou moins d'importance que celui auquel il est associé. Cela représente 900 cases de plus pour le classement.

En jetant un coup d'oeil à la figure 5, on peut se faire une idée des nouvelles possibilités combinatoires. Les trois premières séries montrent le texte (un livre ouvert) et l'idée (une ampoule) d'abord amalgamés, puis dans un relation où le texte prime, puis dans une relation où l'idée prime. En guise d'illustration, voici ce qu'on obtient en associant le geste et le sentiment. Dans un amalgame, on donnera à ces deux éléments une importance égale et on pourra y classer, par exemple, l'expression faciale ou corporelle. Le geste montre un sentiment, le sentiment transparaît dans le geste. Par contre, si un procédé donne la prépondérance au sentiment sur le geste, le phénomène paraîtra surtout se rapporter aux émotions. Le mouvement d'humeur en est un bon exemple. Enfin, on peut donner la prépondérance au geste sur le sentiment. La grimace attire bien plus d'attention sur le geste lui-même que sur le sentiment qu'il veut provoquer.

Avec environ 1875 cases, la Clé possède un potentiel de classification capable d'accommoder à peu près tout ce qui peut se faire dans le domaine des lettres et des arts. Ont pu être ainsi triés les quelques 3000 termes que l'on trouve dans le Gradus, dictionnaires des procédés littéraires par Bernard Dupriez. Des additions régulières ont permis de remplir toutes les cases. La Clé contient actuellement plus de 8000 définitions.


2. DISSÉQUER LES GENRES

Le classement des procédés littéraires n'est qu'une des deux faces de la Clé. L'autre concerne les genres. On a vu que le parcours analytique des procédés permet d'en mettre à jour la structure. Pourrait-on en faire autant avec les genres?

Cas 2. Des étudiants de lycée ou du secondaire écrivent de plus en plus de courriels aux professeurs universitaires. J'en reçois deux ou trois par mois. Le ton de certains messages laisse deviner que parmi ces jeunes internautes il en est qui tiennent à se débarrasser promptement d'un travail nuisible à leur vie sociale. Ne tenant pas à saboter l'exercice proposé par un lointain collègue, je crois néanmoins juste de proposer à ces étudiants de recourir aux pages des genres. Avec un peu de travail, ces étudiants pourront repérer des procédés dans un texte, reconnaître les caractéristiques d'un genre et, au bout du compte, auront peut-être appris quelques rudiments utiles pour analyser un texte.

Bonjour,
Je suis en première et j'ai un certain nombre de recherches à faire sur L'ASSOMOIR de ZOLA. Le sujet étant: "Les hommes dans la vie de gervaise dans le roman". Pouvez vous m'aider?
Signé: un étudiant en détresse

Bonjour,
Voyez la page sur le roman réaliste:
www.cafe.edu/genres/n-romrea.html
Vous y trouverez plus d'informations sur le genre de _l'Assomoir_ qu'il ne vous en faut.
Voyez aussi notre page sur _l'Assomoir_:
www.cafe.edu/genres/e-assomo.html
Vous y trouverez les procédés typiques du roman en cliquant sur les petites mains, en bas de la page.
Quelques lectures supplémentaires à la bibliothèque et le tour est joué, votre travail est fait.
Bonne chance.
Signé: Sylvain

"L'isolement" de Lamartine: Peut-on savoir quel est le genre littéraire: complainte, aube...? A-t-il des particularités au niveau technique? Merci pour votre réponse.
Signé: Annie

Bonjour,
Voyez notre page sur la poésie lyrique:
www.cafe.edu/genres/n-poelyr.html
Sinon, promenez-vous dans les genres:
www.cafe.edu/genres/lst-gnr.html
jusqu'à ce que vous trouviez celui qui se rapproche le plus du poème que vous citez.
Signé: Sylvain

Je fais des recherches pour savoir à quoi sert l'échange des rôles entre maîtres et valets dans le jeu de l'amour et du hasard. Merci de m'envoyer une réponse assez complète le plus tôt possible.
Signé: François

Bonjour,
Voyez notre page sur le _Jeu de l'amour et du hasard_ dans la Clé (www.cafe.edu/cle). Voyez les procédés qui touchent aux personnages. Cela sera un début. Vous pouvez compléter vos analyses avec des études sur Marivaux, que vous trouverez à la bibliothèque d'une institution d'enseignement. Bonne recherche.
Signé: Sylvain

2.1 Du procédé au genre.
De quoi a-t-on besoin pour analyser un genre? Il faut connaître les oeuvres et les auteurs significatifs, il faut se munir de quelques informations historiques, il faut chercher des définitions et consulter des bibliographies de travaux. Bref, il semble nécessaire d'assimiler un grand ensemble de connaissance avant de pouvoir commencer sérieusement à analyser le genre d'un texte. Les genres ont fait l'objet de nombreux regroupements en catégories, dont la célèbre triade: épique, tragique, lyrique. La typologie attribue à chaque genre des caractéristiques propres, qui permettent de le distinguer des genres voisins (voir Théorie des Genres, 1986). La compréhension du genre passerait donc par un processus de mémorisation et d'application de ces caractéristiques. On trouve ce genre d'informations dans la clé.

Un page d'informations sur la comédie

Et si, pour en apprendre davantage sur le genre sans tout mémoriser, on essayait, comme pour les procédés, de découper le genre en ses éléments intrinsèques? Les figures de style pourraient être ces éléments. Cela signifie qu'il faudrait user de certains procédés littéraires pour écrire dans un certain genre. Bernard Dupriez a cette formule à propos des genres: "Comme pour la mayonnaise, pour que cela "prenne", il faut un dosage exact de chaque type de procédé. C'est une question de mesure." À partir des procédés, il serait possible d'établir des liens directs avec les genres, surtout si on considère ces derniers comme des recettes dont les procédés littéraires seraient les ingrédients.

La page des ingrédients de la correspondance

La Clé des procédés littéraires propose, pour chacun des genres, une liste des ingrédients typiques. Ainsi, pour la correspondance, on aura l'abréviation, l'allocutoire, la demande, la fonction émotive, l'intimisme, etc. Mais il existe aussi certains procédés qu'il vaut mieux éviter avec certains genres. Ce sont les absents typiques. Dans la comédie, on ne s'attendra pas à trouver d'abstraction, de densité, de subjectivisme, de pathos ou de thriller.

En survolant les définitions des procédés constituants au moyen des matériaux et des opérations, on peut saisir les grandes lignes de force du genre, et c'est par l'absence ou la présence de certains matériaux et opérations qu'on pourra mieux comprendre les tensions qui définissent les genres les uns par rapport aux autres. Le langage châtié de la tragédie classique suggère une opération de rareté, alors que la comédie classique exploitera les mots qui correspondent à l'usage. C'est ainsi, pour l'internaute, qu'est faite l'acquisition des outils rhétoriques et que progresse l'analyse du genre.

2.2. Les pages choisies.
On reproche à la science de morceler la nature pour l'analyser en laboratoire. L'étude du comportement du lièvre est-elle valable si elle est faite dans une cage de verre si on nourrit l'animal de carottes au lieu de fougères? On pourrait faire le même reproche à l'étude du texte lorsqu'il est question des procédés littéraires. Souvent, dans les ouvrages qui les regroupent, les procédés ne sont illustrés qu'au moyen d'un bref exemple. Si nous lisons: "était pas content", nous pourrons nous figurer ce qu'est une ellipse, mais nous ne comprendrons pas pourquoi on l'utilise. À moins qu'il ne soit possible d'observer la figure de style à l'oeuvre, dans son environnement naturel. C'est une des idées qui ont inspiré la création des pages choisies.

Une page choisie: le Petit Poucet de Perrault

Au bas de chaque page choisie apparaît une liste de procédés. Ces derniers sont présents dans le texte et ne demandent qu'à jaillir au moindre clic de la souris. Le professeur pourrait demander à ses élèves de tenter de trouver les procédés dans le texte. En cliquant sur le nom de la figure, on accède à sa définition. En cliquant sur la petite main qui précède le nom de la figure, on fait apparaître cette dernière dans le texte, encadré par les deux mains du professeur virtuel.

On juge bien mieux de l'effet global du procédé lorsqu'il est en contexte. On peut aussi comparer l'effet dans un autre extrait, sous un autre genre. À chaque nouvelle illustration, le nouvel environnement littéraire permet de réaliser les riches possibilités de la figure. Les procédés tissent ainsi des liens avec le texte. Quelques mailles de l'écriture apparaissent, laissant voir la facture de l'oeuvre. La compréhension des procédés ainsi illustré s'en trouve grandement améliorée. Tout comme on comprendra mieux le comportement du lièvre en l'observant dans son écosystème.

Par ailleurs, tous les procédés à l'oeuvre, additionnés, se combinent pour donner une somme plus grande que si on les considérait isolément. Ensemble, ils concourent à définir un type de texte, c'est- à-dire un genre.

En observant les choix de procédés faits au cours des siècles, on peut faire apparaître l'évolution historique du genre. Ainsi, on peut se rendre compte, en constatant la rareté des procédés touchant la personne, que le rôle du personnage diminue au 20e siècle, jusqu'à être complètement évacué par le nouveau roman.

Voilà comment il est possible à l'internaute, par l'interaction avec les procédés, d'apprécier le rayonnement du genre dans un texte.

2.3. Du genre au style
Créer est la passion de tout écrivain et l'acte créateur, selon Arthur Koestler (Le Cri d'Archimède), consiste à mettre en relation deux matrices dont la "confrontation" résulte en une expérience esthétique. Dans cette optique, le travail de l'artiste consiste à trouver des analogies, à faire coïncider des matrices nouvelles. Créer à partir de rien n'est pas possible; il faut un cadre, des matériaux. Or, les genres sont des matrices prêtes à être utilisées. Il suffit de leur adjoindre une autre matrice, soit la touche de l'auteur, pour féconder l'inspiration et produire l'oeuvre. Notons que le résultat pourra, le cas échéant, modifier la perception du genre et en modifier les caractéristiques propres.

Toute oeuvre s'inscrit dans un genre, et chacune redéfinit le genre. Cette dynamique de contraintes et de libertés, une fois comprise, permet de révéler la substance originale de l'auteur.


3. AU TOUR DE L'INTERNAUTE

La Clé des procédés littéraires propose des classements mais aussi des outils d'analyse. Les matériaux et les opérations font apparaître la structure des procédés. Les procédés, à leur tour, mettent à jour la structure des genres. Une bonne connaissance des genres et des figures permet de dégager du texte ses caractéristiques et sa littérarité propre. Savoir que la plupart des figures doivent se rapporter au destinataire aidera le publiciste. Découvrir que l'opération de rapprochement est utilisée d'une certaine façon dans l'oeuvre d'un auteur permettra de mieux apprécier le rayonnement de son style dans chacune de ses productions.

La compréhension des mécanismes de l'écriture peut mener à la création. On apprécie mieux ce que l'on fait lorsqu'on c'est en connaissance de cause. L'écriture plus qu'une esthétique, est aussi une exploration. Les possibilités offertes par les concepts élémentaires peuvent ouvrir des voies nouvelles à la création.

À l'internaute de jouer...