Tout au fond d'une forêt millénaire
se dressait, orgueilleux, un château de pierres. Mais il avait disparu
depuis si longtemps que seuls les grands arbres bercés par les vents
en murmuraient encore le souvenir.
Entre leurs racines, un éclat luisait vaguement, attendant depuis si longtemps qu'on le libère qu'il en avait presque perdu l'espoir...
Un jour des pas froissèrent les feuilles roussies par l'automne. Toute la forêt était aux aguets... L'éclat terni fit un immense effort pour offrir un fragment de sa surface au soleil bas pour qu'il s'y mire.
Les pas se dirigèrent alors vers
lui. Une main longue et fine le dégagea avec mille précautions
et découvrit que l'éclat était un miroir d'étrange
facture. Nullement abîmé par des éons d'abandon, la
surface du miroir s'avéra aussi lisse qu'au jour où il avait
été façonné par quelque mage.
Il se retourna et ne vit plus que le décor
forestier. Mais il crut y distinguer une masse plus sombre. S'aidant du
miroir, il progressa à reculons jusqu'à ce qu'il soit presque
contre la haute tour. Il ne pouvait plus voir celle qui l'appelait, mais
il sentait sa présence toute proche. Il trébucha et se retourna.
Enfouie sous les feuilles mortes, il découvrit, à demi enterrée,
l'entrée de la vénérable tour. Il posa le miroir et
se mit à creuser à mains nues.
Il parvint enfin au sommet de la tour et se trouva devant une porte close. Il entendit derrière elle le bruissement d'une étoffe, pareil à celui du vent qui caressait les arbres. Nulle serrure à cette porte obstinément close... L'homme y frappa de toutes ses forces, en vain... Epuisé, découragé, il s'effondra contre l'huis et, les yeux brouillés par les larmes, il chercha quelque réconfort dans le reflet du miroir. Cette fois il y vit son visage. Des sillons clairs y étaient dessinés par ses larmes dans la noirceur de la terre dont il était maculé. Il voulut prendre son mouchoir pour se nettoyer et c'est à ce moment qu'il vit, derrière son épaule, que la porte était entrouverte. Il n'osa pas se retourner et c'est la main derrière le dos, scrutant toujours les reflets, qu'il la poussa avec précautions. Lorsqu'il en franchit enfin le seuil, tout bascula autour de lui. Il sombra dans l'inconscience...
Lorsqu'il s'éveilla, la première chose qu'il aperçut fut le miroir qui reflétait la lune pleine et le ciel étoilé encadrés dans une étroite fenêtre. Il était en face de lui, trônant sur un coffre étrangement ouvragé. Un léger soupir tout proche lui fit tourner la tête. Il était allongé dans un vaste lit tendu frais et, étendue en arc de cercle comme pour le protéger, l'ombre qu'il avait aperçue à la fenêtre reposait doucement.
Elle ouvrit les yeux et esquissa un sourire doux et confiant. Elle se redressa sur son coude et ses longs cheveux aux reflets de braises mourantes caressèrent son visage. Le regard de l'inconnue plongea alors dans le sien, longuement. Le silence se fit limpide. Ils savaient à présent que l'éternité était leur et leur solitude seulement encore un vain cauchemar.
Et lorsque l'aube se refléta dans le miroir, elle rosit devant les deux corps étroitement enlacés.
Texte © de : Annie
Pilloy
© Photos : Dany
van Nuffel
Février 1997
