Le Musée instrumental de Bruxelles, désormais appelé Musée des Instruments de Musique (M.I.M.), est, enfin, entré en possession des clefs qui lui ouvrent sa future demeure, à deux pas du Palais des Beaux-Arts, de la Bibliothèque royale de Belgique et des Musées royaux des Beaux-Arts : un ensemble composé de l'Old England et l'hôtel Barré-Guimard. Un troisième et nouveau bâtiment sera destiné aux réserves d'instruments.
Fondé en 1877, ce Musée est considéré comme l'un des plus importants et des riches musées d'instruments de musique au monde. Paradoxalement, ses collections (près de 7000 instruments) sont dispersées dans dix bâtiments différents, peu adaptés à ses différentes fonctions.
Dans quelques mois, le MIM disposera de ses propres locaux et pour la première fois de son existence, verra ses collections réunies en un seul lieu ! (voir le Messager n°4 du 3e trimestre 1997).
Mi-décembre dernier, les ministres fédéraux André Flahaut (Régie des bâtiments) et Yvan Ylieff (Politique scientifique dont dépend le MIM) ont été les acteurs de cette étape capitale de la vie du Musée des Instruments de musique. Le premier remettant au second les clefs du bâtiment qui a nécessité pas moins de dix années de travaux de rénovation, de transformation.
Lors de l'inauguration officielle du MIM en ses nouvelles pénattes (prévue
pour le printemps 2000), quelques 860 millions auront été dépensés par la Régie
des Bâtiments. Somme à laquelle il convient d'ajouter un budget extraordinaire
de 72,4 millions, venant du Ministère de la Politique scientifique, pour le
transfert de toutes les pièces des collections et l'aménagement nécessaire des
lieux. A ces sommes, vient encore l'engagement de onze personnes pour besoins
exceptionnels et temporaires. 
L'Old England sera, comme l'a souligné le conservateur du MIM, Malou Haine, la colonne vertébrale du musée instrumental. Il abritera différentes fonctions d'accueil et de détente. Au rez-de-chaussée : l'entrée principale et l'accueil des visiteurs. Un étage en dessous : un espace pour les enfants, le Jardin d'Orphée. Aux 1er et 2e étage : les boutiques du musée. Aux 3e, 4e et 5e étages : différentes aires de détente ou foyers dont un retraçant l'historique du bâtiment. Au 6e étage : le restaurant d'où on jouira d'une vue exceptionnelle sur la capitale de l'Europe.
En fait, c'est dans l'ancien hôtel "Guimard" que seront disposées les salles d'exposition, y occupant quatre niveaux. Soit quelque 3000 mètres carrés d'exposition (quatre à cinq fois plus qu'actuellement) pour présenter 1500 instruments (contre 500 actuellement) dans une mise en scène que l'on annonce attractive, mêlant dimensions sonores et visuelles.
La bibliothèque sera installée au 3e étage tandis que les bureaux, les ateliers de restauration et un laboratoire photographique prendront place au 4e. Au 5e étage, une salle de concerts pourra accueillir deux cents auditeurs. A l'arrière de celle-ci, trois espaces réservés aux enfants.
"Lamartine disait des musées qu'ils étaient des cimetières des arts. Cocteau les comparait à une morgue. C'est vrai que les musées sont parfois un peu austères. Nous avons voulu rompre avec cette vision du musée sanctuaire, sans pour autant négliger notre rôle essentiel de conservateur du patrimoine. Nous avons donc du composer avec des exigences contradictoires : conserver, donc protéger de la poussière, de l'humidité ou de la lumière, mais aussi des regards et des manipulations... et dans le même temps, montrer, démontrer, faire comprendre... et faire entendre. Par la mise en scène attractive, la sonorisation des salles, l'animation des espaces... nous avons l'ambition d'accueillir tous les publics et de les encourager à entrer plus spontanément au musée." a déclaré Malou Haine, quelques instants à peine après avoir pris possession des clefs qui lui ouvrent la porte de son nouveau musée.
Et plus que jamais, la directrice du MIM et son équipe veulent jouer un rôle actif dans la Cité. Mais malheureusement, ce dynamisme souffre déjà d'une blessure : l'inauguration de ce haut lieu culturel et musical, évènement qui intéressera moult musiciens, musicologues, luthiers... dans le monde entier, n'a pas été repris parmi les évènements qui animeront Bruxelles devenue, l'année du passage vers le troisième millénaire, capitale culturelle de l'Europe.