SOURCE: http://www.bruxelles.irisnet.be/FR/story_fr/H001_FR.HTM

BRUXELLES
REGION DE BRUXELLES-CAPITALE

1996 : Le port de Bruxelles fête ses 100 ans.
Historique du Canal de Willebroeck et du Port de Bruxelles

Depuis sa création au Moyen-Age, la ville de Bruxelles disposait, grâce à la Senne, d'un accès vers la mer. Mais le cours irrégulier de la rivière, son ensablement progressif imposa l'idée, dès le XVe siècle, de créer une voie d'eau artificielle qui relierait la cité, via le Rupel et Anvers, aux débouchés commerciaux maritimes. Il faudra, à l'époque, plus de cent ans pour passer outre aux réclamations de la ville de Malines qui percevait un droit de péage important sur les bateaux empruntant la Senne; le canal projeté, en passant par Willebroeck pour rejoindre ensuite le Rupel à hauteur de Boom, évitait en effet la ville de Malines et la privait ainsi de ce revenu.

Réalisé en onze ans, grâce à la mise en oeuvre de techniques entièrement nouvelles pour l'époque, le canal de Bruxelles au Rupel est inauguré en grandes pompes le 10 octobre 1561.

Le port de Bruxelles aménagé dans le même temps et agrandi de plusieurs bassins au cours des siècles suivants donne naissance à un quartier animé et commercial à l'intérieur des remparts de la ville : le quartier Sainte-Catherine.

Au cours du XIXe siècle, plusieurs circonstances vont intensifier et conditionner l'implantation d'industries le long du canal de Willebroeck. Tout d'abord, l'élimination des octrois à l'entrée et à la sortie de Bruxelles va permettre l'industrialisation des berges du canal vers Vilvorde. Ensuite, le voûtement de la Senne chasse du centre de la ville bon nombre de petites industries dépendantes de l'approvisionnement en eau comme les brasseries. Enfin, la création, aux confins des XIXe et XXe siècles, d'un nouveau port jouxtant une importante gare de marchandises sur le site extra muros de Tour et Taxis.

En 1863, le Gouvernement belge rachète aux Pays-Bas le droit de péage sur l'Escaut. Par cet accès direct à la mer, des possibilités nouvelles s'ouvrent au canal de Willebroeck. De plus, l'accroissement des échanges lié à l'essor industriel est manifeste. Le port intérieur n'est plus adapté; la transformation de la voie d'eau en canal maritime et la création d'un nouveau port, hors des murs, s'imposent.

Pendant plus de trente ans, partisans et adversaires de cette perspective vont s'affronter. La Ville de Bruxelles, propriétaire du canal, reconnait rapidement le bien-fondé de ce projet, soutenu principalement par les industriels et les commerçants. Toutefois, elle ne dispose pas des moyens nécessaires au financement de ces travaux. Une autre formule de gestion est alors recherchée et donne naissance à une société à capitaux publics (Etat, Province, Communes limitrophes), chargée de la création et de la gestion du futur port de Bruxelles et de ses dépendances : créée en 1896, c'est la Société du Canal et des Installations Maritimes de Bruxelles dont le mandat est défini pour une durée de nonante ans.

Les plans et l'emplacement des futurs bassins maritimes, ainsi que la profondeur et le tracé du canal ont donné lieu, eux aussi, à de nombreux projets et discussions. La Ville de Bruxelles, attachée à garder la maîtrise des activités commerciales générée par son port, obtient en définitive que soit choisi le site de Tour et Taxis. Plaine marécageuse qui longe le canal jusqu'aux portes de la ville, ce lieu s'impose comme un endroit idéal, peu urbanisé, proche de l'ancien port, d'où partent l'Allée Verte (première gare de Belgique), le canal de Charleroi, celui de Willebroeck, les boulevards urbains et le nouveau boulevard Léopold II. En 1897, la Ville de Bruxelles annexe les terrains nécessaires à la réalisation des infrastructures portuaires (anciennement sur Molenbeek et Laeken).

La même année, la Société Nationale des Chemins de Fers Belges décide de construire une nouvelle gare de marchandises sur les parcelles qu'elle-même possède dans la plaine de Tour et Taxis, ce qui lui permettra d'une part, de réduire la circulation ferroviaire sur le pont de Laeken que le passage des bateaux interrompt continuellement, et d'autre part, de rapprocher la gare des futures installations maritimes.

Les travaux d'approfondissement du canal et de création des bassins du nouveau port sont entamés en 1900; il seront inaugurés, avec un retard dû à la guerre, en 1922.

L'entrepôt public et ses dépendances (magasin spécial, hangar des réexpéditions, hangar des produits dangereux, hôtel des douanes) seront construits entre 1904 et 1907 sur les plans de l'architecte Van Humbeek. La gare maritime fut construite entre 1902 et 1910 sur les plans des architectes C. Bosman et H. Vandeveld.

Cependant, les quartiers riverains, que ce soient ceux de Laeken et de Molenbeek à l'ouest, ou ceux du Quartier Nord à l'est (qui était déjà très riche en industries) reçoivent une nouvelle impulsion : nombre d'entreprises de transport, de conditionnement de produits alimentaires, d'entreposage de matériaux de construction s'y installent; les quais sont loués à des entreprises de stockage de matières pondéreuses (ciment, sable, bois, pierre...).

Progressivement, la rive droite du canal se transforme en un zoning industriel qui atteindra sa plus grande densité durant les années 1950. Avant les grands travaux d'approfondissement de la voie d'eau et la transformation du port de Bruxelles, l'environnement champêtre du futur quai des Usines accueillait les promeneurs de l'Allée Verte dans les brasseries et les estaminets. Quelques usines isolées s'y étaient installées avant que ne se multiplient, au début du siècle, les établissements industriels prolongés sur le quai par les machineries complexes des transbordeurs de charbon. La zone portuaire en aval du pont de Laeken sera longtemps dévolue au trafic du charbon débarquant du Nord et à la production de l'énergie.

Des projets concernant la création d'un avant-port à Bruxelles avaient déjà été conçus en 1892 avant même que les travaux du port proprement dit n'aient été entamés. La première guerre mondiale a peine achevée, l'intensité du trafic est telle que la Société du Canal et des Installations Maritimes met au point les projets d'extension de ses infrastructures. De nouveaux entrepôts, digues et matériels de transbordement s'établiront parallèlement aux extensions ferroviaires de la gare de Schaerbeek.

En 1921, une loi "ayant pour objet l'agrandissement de la ville de Bruxelles en vue de l'extension des installations maritimes" permet l'annexion à la ville des communes de Laeken, Neder-Over-Hembeek et Haren plus des parties importantes de Molenbeek et de Schaerbeek. Les travaux sont exécutés progressivement entre 1932 et 1939.

Malheureusement, un an après, débute la seconde guerre mondiale. Elle entraîne beaucoup plus de dégâts que la première : 19 ponts mobiles sont détruits, les estacades du Rupel sont anéanties par un incendie; de nombreux grands chalands coulés encombrent le canal. En juin 1940, la société reconstruit quelques ponts provisoires et rétablit une passe navigable qui réduit le trafic à la moitié de ce qu'il était en 1939.

Après la guerre, de nombreux travaux seront nécessaires pour réparer et réadapter le canal. Il est élargi en vue de faciliter encore le trafic maritime de l'avant-port. C'est chose faite avec l'inauguration du nouveau pont-levant de Buda en 1955 qui clôture la construction d'autres ponts du même type à Willebroeck, Kappelle-op-den-bos et Boom.

A la même époque, un nouvel équipement de 700 mètres sur la rive gauche de l'avant-port et la construction de nouvelles digues, hangars et entrepôts sont entrepris. (1956)

Si le trafic maritime proprement dit s'arrête à l'avant-port, les activités de transbordement se poursuivent à Tour et Taxis. Tout comme le développement du trafic ferroviaire avait entraîné la Société du Canal et des Installations Maritimes à regrouper ses infrastructures avec celles du chemin de fer, l'explosion du transport par route, dans les années 1950, nécessite la création d'un complexe permettant la synergie entre les différents modes de transport. Dès 1958, la société crée autour du site de Tour et Taxis (entrepôts et gare), un centre de fret par voie ferroviaire et routière.

Le parking T.I.R. date de 1958 et deux nouveaux entrepôts destinés à abriter les marchandises et les bureaux des nombreuses firmes de transports, sont construits dix ans plus tard.

A ses cotés, s'est constitué le centre de transport T.R.W., combiné ferro-routier qui permet l'acheminement des marchandises par rails jusqu'au coeur de la ville.

Dès les années 1960, le trafic fluvial est tel qu'il faut songer déjà à désengorger le canal et à moderniser à nouveau les installations maritimes. Des travaux de grande ampleur ayant pour objectifs d'accroître le gabarit du canal - navires de mer de 10.000 tonnes jusqu'à Willebroeck et convois poussés de 9000 t jusqu'à Bruxelles - et d'accélerer le temps de navigation sont entrepris par la Société. Ceux-ci ont consisté tout d'abord àélargir la voie d'eau et à renouveler tous les ponts mobiles, à trois ouvrages près, en leur donnant une portée au-dessus de la voie d'eau de 35 m au minimum et de 65 m au maximum. Ensuite, le nombre de biefs a été ramené de trois à deux, en abaissant le bief intermédiaire et en supprimant les écluses qui le délimitent à Kappelle-op-den-bos et Willebroeck. Elles ont été remplacées par une écluse unique à Zemst. La dernière étape, en cours de réalisation, permettra de faire déboucher le canal directement dans l'Escaut, à Hingene, sans plus passer par le Rupel. L'ouverture de l'écluse de Hingene, qui remplacera celle de Wintham, établira une liaison directe entre la région bruxelloise et le bassin rhénan et les marchés outre mer.

La Société du Canal et des Installations maritimes de Bruxelles a géré le port et le canal de Willebroeck jusqu'en 1992. Suite à la régionalisation des ports et des voies navigables en 1988, elle a été dissoute et une nouvelle institution régionale a vu le jour en juin 1993 : la Société régionale du Port de Bruxelles. La nouvelle société comprend plusieurs groupes d'actionnaires : La Région de Bruxelles-capitale, La Ville de Bruxelles, les 8 communes bruxelloises actionnaires de l'ancienne Société du Canal (Molenbeek, Schaerbeek, Ixelles, Koekelberg, Saint- Gilles, Anderlecht, Saint-Josse, Etterbeek) et la S.A. Bruxelles-Infrastructures-Finances, filiale de la Société Régionale d'Investissement de Bruxelles.

La compétence du Port de Bruxelles s'est étendue au sud sur la partie du canal de Charleroi comprise entre la place Sainctelette et la limite entre Anderlecht et Sint-Pieters-Leeuw. Par contre, la gestion du canal de Willebroek à partir du ring de Vilvorde (limite régionale) jusqu'au Rupel relève désormais de la Région flamande. Un accord de coopération entre les deux régions a été conclu afin de régler efficacement toutes les matières se rapportant à la voie navigable.

(notice rédigée par Colette HUBERTY, Historienne à LA FONDERIE)

© CIRB, 1997 - Dernière mise à jour: 14/04/97