Bruxelles
La restauration du patrimoine : au cur des préoccupations gouvernementales
1. Accroissement du budget des Monuments et Sites
Le ministre Eric André, en charge du patrimoine et des sites met décidément les bouchées doubles pour accélérer la restauration du patrimoine bruxellois.
En premier lieu, le triplement du budget des Monuments et Sites à Bruxelles ne s'est pas fait longtemps attendre. A peine entré en fonction, il a obtenu du gouvernement une augmentation substantielle des moyens alloués au patrimoine à l'ajustement du budget 1999 et au budget initial 2000. L'enveloppe disponible est ainsi passée de 275 millions de francs à respectivement 600 et 650 millions de francs de sorte que l'objectif fixé depuis longtemps par les spécialistes en la matière, soit attribuer 1 % du budget régional à la valorisation de notre patrimoine, est atteint.
Ce ne sont pas moins de vingt bâtiments qui sont concernés par ce rattrapage. Et non des moindres puisque l'on peut citer des travaux à la Bourse (toiture et façade pour 69,7 millions de francs), à l'école Cateau-Horta rue St Ghislain (42,5 millions de francs), à l'école n° 1 de la rue Josaphat (57,7 millions de francs), à l'église Sainte Marie (55 millions de francs) à Schaerbeek
Mentionnons encore, dans un autre registre, l'immeuble à appartements de la cité sociale Le Logis Floréal au rond-point des Trois Tilleuls (18,7 millions de francs) à Boitsfort, ainsi que quelques dossiers emblématiques comme la réfection de l'immeuble qui abrite la brasserie Mort Subite située rue Montagne-aux-Herbes-Potagères à Bruxelles Ville (3,7 millions), le palais de la Folle Chanson (2,5 millions pour le bel immeuble à appartements du rond-point de l'Etoile à Ixelles) ou encore la maison Delune au 86 avenue Franklin Roosevelt (2,5 millions de francs).
A cela, il faut encore ajouter un budget récurrent imputé sur l'accord de coopération entre l'Etat fédéral et la Région de Bruxelles-Capitale. Ces moyens budgétaires supplémentaires devraient permettre de faire face aux besoins croissants en subsides pour la restauration d'immeubles classés. Cette augmentation des demandes de primes est liée notamment au doublement du nombre de biens protégés au cours de ces dix dernières années. Il y a actuellement 712 ensembles de biens classés contre seulement 262 il y a une décennie.
2. Ouverture de la procédure de classement pour la rue de la Violette
Toujours à l'initiative du ministre André, le gouvernement de la Région de Bruxelles Capitale a ouvert la procédure de classement de plusieurs maisons rue de la Violette et petite rue de la Violette, situées à Bruxelles Ville, à quelques pas de la Grand-place et qui, construites au 16e siècle, figuraient déjà sur la liste de sauvegarde.
La proposition de classement d'un bien sauvegardé est une première en Région bruxelloise. Relevons que le classement permet au propriétaire de solliciter une subvention régionale jusqu'à 80 % des travaux de restauration tandis que l'inscription sur la liste de sauvegarde ne donne droit à aucune intervention financière tout en imposant les mêmes contraintes qu'un classement.
3. Rénovation d'immeubles appartenant à des communes ou des CPAS
Sur proposition du ministre-président, Jacques Simonet, le gouvernement de la Région de Bruxelles Capitale a octroyé quelque 361 millions de francs à des communes et CPAS en vue de la rénovation voire la reconstruction de 34 immeubles répartis sur 14 communes bruxelloises. Pour rappel, l'intervention régionale ne couvre qu'une partie des frais de rénovation des immeubles décrépits ou inadaptés. Les montants octroyés permettent notamment la rénovation des toitures et châssis ou l'installation de chauffages ou salles de bains. Il s'agit donc principalement de travaux visant à améliorer le confort des immeubles concernés.
Parmi les projets importants, relevons un subside de 42 millions de francs pour la rénovation de l'immeuble sis rue de Mérode, 318-322 qui portera sur la rénovation des bâtiments principaux afin d'y réaliser 14 appartements et la démolition du bâtiment arrière, en ruine.
Huit immeubles, propriété du CPAS de la Ville de Bruxelles, bénéficieront également de subventions, pour un montant total de quelque 96 millions de francs. Douze millions seront notamment consacrés à la rénovation du Pavillon 2 de l'Hospice Pachéco, partie classée de l'Institut Pachéco. Le programme des travaux prévoit la rénovation de sept logements, le renouvellement des installations techniques et la réfection des toitures et châssis ainsi que l'adaptation des logements aux normes d'habitabilité normales.
4. Formations aux métiers du patrimoine
Sous la houlette du ministre André, l'Espace-atelier fonctionnant au sein de l'Infac organise une nouvelle filière de formation qualifiante consacrée à la restauration immobilière. Sous la conduite du Maître peintre-stucateur, Maurice Mumenthaler, diverses formations aux métiers traditionnels du bâtiment depuis le carrelage, le plafonnage et la peinture jusqu'aux enduits finis, badigeons (les enduits à base de chaux) et stucs (des motifs imitant le marbre) mais également des stages de maîtrise en conservation du parachèvement du patrimoine sont organisés.
Ces activités de formation s'adressent à tout qui souhaite s'initier et/ou se perfectionner et aux personnes dont les activités s'apparentent, de près ou de loin, à celles des architectes, décorateurs d'intérieur, entrepreneurs et proches collaborateurs, artisans ainsi qu'aux jeunes de l'enseignement secondaire et supérieur.
En moyenne, 200 personnes par semaine, toutes catégories confondues, suivent des formations du jour et du soir, à l'Espace-atelier.
A partir de cette année, l'Espace-atelier offrira également un accompagnement aux professionnels du bâtiment au niveau de la restauration des façades. Architectes et urbanistes pourront ainsi participer à un stage de deux jours de perfectionnement devant leur permettre d'établir un diagnostic des pathologies de la façade suivi d'une formation continuée sur chantier.
Le ministre André a également évoqué les projets qui lui tiennent à cur en matière de façades à savoir une révision de la réglementation et l'édition d'une brochure technique et compréhensible par le grand public sur les façades et leurs enduits.
5. Le Rouge Cloître : restauration et fouilles archéologiques
Le mur d'enceinte du Rouge Cloître est dans un état de vétusté très avancé et menace de s'effondrer. L'équipe d'Espace-atelier procèdera dès le début 2000 à la réfection du mur en recourant aux techniques anciennes de construction. Des fouilles débuteront vers avril afin de retrouver les soubassements de la brasserie et les restes de l'ancienne chapelle.
Conclusion
La Région bruxelloise dispose indiscutablement d'un patrimoine et de métiers de tradition remarquables qui pourraient, s'ils sont bien gérés et valorisés, constituer un pilier important de notre politique touristique.
Par ailleurs, la rénovation d'immeubles anciens est au cur du projet de ville et du retour et/ou du maintien des habitants et d'une certaine qualité de vie.
La formation aux techniques anciennes des jeunes générations peut attirer de nombreux jeunes en quête d'un emploi de qualité.
C'est dire combien une politique axée sur la valorisation du patrimoine et des métiers d'art répond réellement à une nécessité.
A ce propos, l'UCM partage le même rêve que le ministre André (voir U & A du 5 juin 1998) et demande "A quand une maison des métiers du patrimoine et des métiers d'art ?" qui servirait de vitrine à la promotion de l'artisanat bruxellois.
A suivre.
F.W.