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BRUXELLES (page 1) [page 2] [page 3] [page 4] [page 5] Population : 133 138 habitants Superficie : 3 292 ha
IL ETAIT UNE FOIS…
Jusqu'au
début du siècle, le territoire bruxellois se limita à la superficie du Pentagone.
Des territoires voisins furent ensuite annexés parmi lesquels les communes
de Laeken, Neder-over-Heembeek et Haren. Nous nous concentrerons
sur le Pentagone, Neder-over-Heembeek, Haren et Laeken ayant déjà été traités
dans notre guide consacré au Nord-Ouest.
Le
cœur historique de Bruxelles doit sa forme à la seconde
ligne de remparts construits au XIVème siècle et détruits 400 ans plus tard
afin de permettre la construction des boulevards de la petite ceinture. Depuis,
plusieurs quartiers et lieux-dits se sont ajoutés :
le Béguinage, le Parc Royal et son quartier, le Mont des Arts, le Sablon
et le Petit Château…
Né
dans la vallée de la Senne parsemée d'îles et au sol sablonneux, le berceau
de la capitale a vu le jour dans la plus grande de ses
îles, Saint-Géry, où la navigation fluviale trouvait son aboutissement. Il
faut remonter à 979 pour y trouver l'érection d'un castrum par Charles de
France, duc de Basse-Lotharingie. A sa suite, la noblesse y fit
construire des demeures de prestige en pierre. Il reste de témoignages
de ces demeures dans le nom de lieux-dits comme le Plattensteen ou le Cantersteen
(steen = pierre).
Dans
les années qui suivirent, le comte de Louvain établira
sa résidence sur les hauteurs du Coudenberg dont les vestiges ont été mis
à jour vers 1990. Ils sont accessibles au public au n°10 de la place Royale.
Cette résidence ne fera que s'agrandir au fil des règnes
des ducs de Brabant. En 1452, Philippe le Bon (dit «le chauve» suite
à une grave maladie) commandera d'importants travaux.
Cette
résidence était suffisamment grande pour pouvoir accueillir les représentants
des familles puissantes du royaume (Croy, Lannoy, Ligne,
Nassau, Chièvre et Chimay) ainsi qu'un personnel composé d'une centaine de
personnes. Elle comprenait également un théâtre et une chapelle. La Chambre
des comptes y avait aussi son siège avant de s'établir
dans un superbe palais au n°2 rue de la Régence.
LES ENCEINTES
Une
enceinte de plus de quatre mille mètres comprenant quarante tours de défense
(sept mètres de hauteur et d'une épaisseur d'environ un mètre) et sept portes
englobant le palais comtal, les «steenen", le castrum
et un oratoire dédié à Saint-Michel.
Devant
l'église Saint Nicolas se trouvait une tour faisant probablement partie du
système de défense du castrum de l'île Saint-Géry. Elle
servait de beffroi en abritant les cloches de la ville qui donnaient
l'alarme ou rythmaient le travail des ouvriers. C'est aussi là que le sceau
de la ville était conservé et que le Magistrat de la ville tenait ses réunions.
Après plusieurs reconstructions, la tour disparut définitivement
suite au bombardement de 1695.
C'est
à l'occasion de la guerre de la ligue d'Augsbourg que Louis XIV fit marcher
les septante mille hommes du maréchal de Villeroi sur
Bruxelles. Le quartier général des troupes fut établi au couvent des Minimes.
Cependant, c'est de la ferme de Ransfort, à Molenbeek-Saint-Jean, que partirent
près de 3000 bombes et 1200 boulets en direction de
Bruxelles où 16 églises et couvents, 3 820 maisons et 460 édifices furent
atteints.
Ce
massacre ne servira à rien puisque les troupes françaises quitteront la ville
à toute vitesse après la chute de la citadelle de Namur.
Il ne fallut que trois ans pour tout reconstruire. Néanmoins, des trésors
inestimables avaient disparus dans les flammes. Napoléon qualifiera ce bombardement
d'aussi barbare qu'inutile.
Aujourd'hui,
il reste quatre tours : la Tour noire (à deux pas de
la place Sainte Catherine), la Tour Aneessens (bld de l'Empereur), la Tour
de Villers (rue de Villers) et la Tour Pléban (jardins du doyen de Saint-Michel).
Devant
l'extension de la ville, une seconde enceinte, deux
fois plus longue que la première, fut érigée de 1356 à 1379. Elle forme le
Pentagone dont il ne reste que la Porte de Hal. Entre 1868 et 1870, la porte
sera transformée en donjon par l'architecte Henri Beyart.
Des terres cultivables furent incluses entre les deux enceintes (en prévision
d'un siège éventuel) ainsi que des établissements religieux. Au XIVème siècle,
la ville comportait six églises St-Michel, Notre-Dame
de la Chapelle, Notre-Dame du Sablon, Saint-Nicolas, Saint-Géry et Saint-Jean
du Marais, deux moulins et cinq établissements hospitaliers.
Le
siècle suivant a vu s'ajouter les monuments civils et religieux
ainsi que l'Hôtel de Ville, construit à l'initiative des Bourgeois.
C'est aussi le siècle durant lequel les ducs de Brabant délaisseront Louvain
pour Bruxelles. A cette époque, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, résidera
régulièrement au Coudenberg. Une seconde résidence princière
fut établie à la fin du XVème siècle. Il s'agit de l'hôtel de Nassau dont
il ne reste que la chapelle Saint-Georges, aujourd'hui partie de la Bibliothèque
Royale Albert Ier aussi appelée l'Albertine.
Cette
chapelle fut érigée en 1346 par Guillaume de Duvenvoorde en annexe de son
hôtel. Albert Dûrer devait y passer quelques années plus tard et y remarquer
un tableau d'Hugo Van der Goes. Après avoir appartenu
aux autorités espagnoles, la propriété revint au fils de Guillaume le Taciturne,
Philippe-Guillaume, avant d'être transmise au XVIIème siècle à Guillaume
III d'Orange, roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande.
Un siècle plus tard, le «palais d'Angleterre" fut englobé dans le nouveau
palais construit par Charles de Lorraine, en haut de la montagne de la cour.
En
1531, Marie de Hongrie fit de Bruxelles sa capitale.
Un nouveau quartier se développa autour de l'église du Sablon, deveni, au
XVIème et XVIIlème siècle, le lieu de fréquentation privilégié de la noblesse.
La construction du canal de Willebroeck reliant la capitale et
Anvers, de nouveaux quartiers se développèrent entre les rues
de Flandre et de Laeken.
Parmi
les quartiers chauds de l'époque, figurait celui de Boevendael, situé près
du Galvenberg (Mont des potences) où l'on trouve aujourd'hui
le Palais de justice. Dès 1233, les potences se déplacèrent au Flotsenberg
(Altitude 100), à Forest. Au XVIème siècle, les autorités instaurèrent un
système de barrière afin d'empêcher (de 6 h du matin à 6 h du
soir) les filles de joie de rejoindre les beaux quartiers. En 1628,
l'archiduchesse Isabelle fit renforcer le dispositif en entourant le quartier
d'un mur de «protection». Ce n'est que quatorze ans après la mort de
l'archiduchesse que le mur fut percé, les autorités se montrant
plus tolérantes.
A la suite des bombardements de 1695, la ville fut reconstruite en style baroque.
Si
beaucoup d'historiens reconnaissent en elle une ancienne
voie romaine (un diverticulum), la rue Haute résume plusieurs occupations
(et donc plusieurs styles), de la maison de Breughel (n°130), prototype de
la maison bourgeoise du XVIème siècle, au modernisme du home
Saint-Joseph. Typique d'un certain mode de vie , la demeure du «patron
laïc des Marolles» a servi de passage vers l'ancienne rue de la Porte rouge,
célèbre pour conduire aux maisons closes d'alors. Tout près, dans la rue
Saint-Ghislain se trouve la dernière maison à encorbellement
de la ville de Bruxelles. Elle a été restaurée par son propriétaire en 1986.
C'est
dès le XIVème siècle que l'on entend parler des Sœurs Noires Augustines
d'Afrique à Bruxelles où, après s'être installées au centre
de la ville pour soigner les malades, elles reçoivent, en 1829, l'ancien
couvent des Visitandines pour rejoindre, en 1878, un nouveau bâtiment entre
les rues Blaes et du Miroir. En 1978, elles vont s'établir
dans un nouveau couvent situé rue Saint Ghislain. Dans la même rue, Victor
Horta est l'auteur du Jardin d'enfants situé au n°40.
Avec
l'arrivée des Habsbourg en 1713, Bruxelles vit naître plusieurs ensembles
architecturaux. On aménagea un parc Royal à l'emplacement de la Warande,
le parc du palais de Coudenberg fut incendié en 1731.
Des travaux ne seront entamés que quarante ans plus tard, entraînant à leur
suite la construction de la place royale, de la rue Ducale et de la rue de
la Loi, de la place Saint-Michel (actuelle place des
Martyrs).
L'occupation de
la ville par les Hollandais eut pour conséquence la construction du Palais
des Académies, un palais qui deviendra la résidence des Princes d'Orange.
A sa suite, le théâtre de la Monnaie et le quartier
de l'ancien Béguinage (situé autour de l'église Saint-Jean Baptiste) seront
érigés.
Bruxelles troquera son style baroque contre le classicisme, avec pour caractéristique l'utilisation de
l'enduit pour couvrir les briques.
Démantelés
en 1810 sur ordre de Napoléon en 1810, les remparts furent remplacés par
des barrières d'octroi (parmi lesquels on compte les pavillons des portes
de Ninove et d'Anderlecht), pour laisser la place aux
grands boulevards (actuelle petite ceinture). Bruxelles compte alors près
de septante-cinq mille habitants. Le long de l'enceinte fortifiée se trouvait
le «Pré aux laines" (Wollendries) qui servait pour le
séchage des laines des tisserands. Il était dominé par une tour située près
de l'église des Carmes. Erigée en 1400, elle abritait le Tir de la Gilde
des Archers. Elle fut détruite en 1807.
En
1822, la rue Royale fut prolongée jusqu'à la Porte de
Schaerbeek. Cinq ans plus tard, on perçait la rue de la Régence. Aujourd'hui,
cette dernière rassemble le Ministère de la Justice, le Conservatoire de
musique, la Cour des Comptes, les Musées Royaux des
Beaux-arts, la Cour d'arbitrage, la Synagogue et l'église Notre-Dame du Sablon.
INDEPENDANCE ET MODERNITE
C'est
à la suite du choix de Bruxelles comme capitale du Royaume de Belgique nouvellement
constitué en 1830 que Bruxelles s'étendit de plus en plus vers la campagne.
Parallèlement, la Senne, soit près de 47 km d'égouts
à ciel ouvert, fut progressivement voûtée de 1867 à 1871. En cause : une
épidémie de choléra qui décima plusieurs milliers d'habitants. Les travaux
entraînèrent l'expropriation de 1100 maisons, ateliers
et moulins.
Plus
tard, on lança un concours pour bâtir de nouvelles constructions sur les
boulevards érigés sur l'emplacement voûté de la rivière (blds Anspach, Max,
Lemonnier, Jacqmain). On doit à cette opération les
Halles centrales (1871-1874) et la Bourse du Commerce (1871-1873) de Léon
Suys, le Palais du Midi (1874) de Wynand Janssens, l'Hôtel Métropole (1870)
de Gédéon Bordiau et l'Hôtel Continental (1874) de Léon
Carpentier. Les nombreuses pierres de France justifient la présence de Français
sur les chantiers. On retiendra également que le bourgmestre Anspach s'inspira
largement de l'architecte parisien Haussmann lorsde
la mise en chantier des boulevards du centre-ville.
Le
XIXème siècle vit la construction de la Bourse, de la Banque nationale, des
Halles et du quartier du Cinquantenaire souhaité par Léopold II aux fins
de fêter les cinquante ans de la Belgique. Quant au
Palais de justice (une superficie de 26 000 m2), il causa et provoqua un
exode massif des Marolliens.
D'un
volume de 665 000 m3, ce monstre (aux 576 locaux) situé au carrefour des
communes d'Ixelles et de Saint-Gilles est l'œuvre de Poelaert. La salle des
pas perdus est dominée par une coupole culminant à cent
mètres. Cette œuvre monumentale remplace l'ancien palais de justice situé
place de la justice (près de la rue de Ruysbroek) et construit sur l'ancien
emplacement du Mont des Potences de Bruxelles.
La mezzanine du Palais de Justice
abrita l'une des particularités artistiques du site : «La Justice entre la
Clémence et le Droit". Une particularité que Verlaine ne se priva pas de
la critiquer : «Extérieurement c'est un colosse, Intérieurement
c'est un monstre". Freud en personne y vit la manifestation d'un délire proche
de l'univers de Gustave Doré.
LA JONCTION NORD-MIDI
Dès
1835, la ligne Malines-Bruxelles est inaugurée à l'Allée Verte. L'année suivante,
la Ville de Bruxelles souhaite établir une gare dans le Pentagone. Naquit
de la sorte la gare des Bogards, à l'emplacement de
l'ancien couvent des Bogards (entre la place Rouppe et l'avenue de Stalingrad).
La multiplication des voyageurs et le développement de l'insalubrité de certains
quartiers, nécessitèrent toutefois de tracer une jonction
centrale reliant le Nord au Midi. Ce projet restera dans les caisses de nombreuses
années en raison des frais onéreux occasionnés par le voûtement de la Senne.
La
Grande Guerre ralentira la mise en route des travaux
menés par Frédéric Bruneel. Ils ne commenceront qu'en 1925 pour s'achever
en 1940. Il faudra attendre 1952 pour que la Gare centrale et la jonction
soient inaugurées. Commencé par Victor Horta, achevé
par Maxime Brunfaut, le bâtiment adopte le style international caractéristique
de l'entre-deux-guerres. Ses reliefs sont dus à D. Ledel et Ch. Leplae.
Les
anciennes Gares du Nord et du Midi seront démolies au
profit de nouveaux bâtiments (respectivement 1841 et 1869). Les abords du
tunnel, sous de nouveaux boulevards, accueilleront la Bibliothèque Royale,
les Archives générales du Royaume, la Cité administrative et
plusieurs musées. Notons que la jonction entraîna de nombreuses
expropriations et défigura une grande partie de la capitale.
Elle
réduisit à néant quelque 1200 maisons et rues pittoresques. On lui doit toutefois
des logements sociaux dans les environs de la rue du
Meiboom. Au début des années septante, la Cité administrative de l'Etat (une
superficie de six hectares entre la rue Royale et le boulevard Pachéco) vit
le jour. Un plan de réaménagement complet est aujourd'hui
à l'étude.
Situé
entre les boulevards de Waterloo et du Midi, la jonction Nord-Midi, les rues
Haute, des Minimes et Wynants, le quartier des Marolles comporte six parties
: le Centre, la Marolle, la Samaritaine, les : Brigittines,
la Querelle et le quartier des Radis. Si la Marolle s'étend sur quatre hectares,
les Marolles en comptent cinquante-deux.
Au
Xème siècle; les Bruxellois s'établirent rue Haute afin
d'échapper aux inondations de la Senne. Les premiers habitants furent des
maraîchers, des tisserands, des tondeurs de moutons et des foulons. Ils se
livreront à des luttes politiques pour acquérir davantage
de pouvoirs des familles riches habitant derrière les murailles de la ville.
Le
terme Marolle viendrait de «Maricolles», une contraction de «Mariam Colentes»
(ceux qui honorent la Vierge Marie). Maricolles est
le nom d'un groupe de religieuses implantée dans le quartier en 1660. Ces
dernières s'occupaient de l'instruction des jeunes filles pauvres. Elles
jouaient clairement un rôle d'assistantes sociales. Aujourd'hui, le C.P.A.S.
est là pour subvenir aux besoins des plus démunis. La
congrégation existe toujours à Malines. Dès 1587, les Capucins furent autorisés
dans le quartier … mais à condition d'être pompiers et gendarmes.
La
Marolle représente l'un des plus vieux quartiers de
Bruxelles. De nombreuses familles pauvres y vécurent au siècle dernier dans
des impasses insalubres. Elles travaillaient dans des filatures, des blanchisseries
ou des produits vendus au «Vieux-Marché" où plusieurs
cafés contribuaient à l'ambiance pittoresque du quartier.
Fruit
de la division des parcelles ayant jadis appartenus aux couvents du quartier
sous l'Ancien Régime, les impasses abritaient parfois
plusieurs centaines de personnes devant partager eau et toilettes. Parmi
les impasses encore existantes, citons celle de la Groseille, rue du Faucon.
D'autres impasses ont par contre disparu comme l'impasse Defuisseau,
démolie dans les années soixante pour faire place au parking
situé à côté de l'hôpital Saint-Pierre. Cette impasse-là, composée de petites
maisons, était délimitée par une grille en fer forgé.
Le
quartier a assisté à l'arrivée des Juifs polonais vers
1930. Viendront ensuite des Italiens, des Espagnols et des Portugais, avant
l'installation des maghrébins dans les années soixante. Si les vrais Marolliens
sont en voie de disparition tout comme la langue pittoresque
qui les caractérisent, il en subsiste encore quelques-uns, susceptibles de
raconter les multiples anecdotes de l'endroit, de la disparition de la Maison
du peuple de Victor Horta aux migrations qu'entraîna
la construction du Palais de justice. D'aucuns se souviendront que durant
la seconde guerre mondiale, la rue des Radis fut le haut lieu du marché noir
en Belgique.
Les
Marolles comptent aujourd'hui près de dix mille habitants.
Qui, parmi eux, est encore à même d'évoquer la fontaine qui, en 1826, décorait
la Porte de Hal ? Elle était ornée de la devise de Charles-Quint : Plus oultre.
LA MAISON DU PEUPLE
Fondées
et gérées par les Coopératives, les Maisons du peuple construites dans chaque
ville importante de Belgique étaient à la fois des locaux où les organisations
ouvrières tenaient leurs assemblées et installaient
leurs services administratifs, mais aussi l'instrument et le symbole de la
solidarité du prolétariat. Si de nombreux Marolliens étaient journaliers,
d'autres travaillaient aussi dans l'industrie. C'est
ainsi que vers 1770, une imprimerie d'indiennes fut fondée au bout de la
rue Terre-Neuve par un certain M. Lepper. Vers 1791, l'entreprise sera reprise
par M. Basse et comportera vers 1800 jusqu'à 400 ouvriers.
Au lendemain d'un succès électoral,
le P.O.B. demanda à Victor Horta de concevoir un nouveau bâtiment qui sera
inauguré en 1899, place de la Chapelle. Cet édifice comportait bureaux et
salles de conférences, mais aussi une immense salle
pour les grandes occasions et les spectacles théâtraux et musicaux. En 1964,
victime de la spéculation immobilière des édiles qui en avaient décidé la
construction, la Maison du peuple fut condamnée. Elle
croupit aujourd'hui dans un terrain vague. De vagues projets visent à la
remettre sur pied.
Depuis
de nombreuses années, les Marolliens luttent contre la misère. C'est ce qui
explique l'implantation de plusieurs ordres religieux. En 1900, les Filles
de la Charité abritaient cent quarante orphelins dans
leur couvent. Elles ouvriront aussi une crèche et une école professionnelle.
En 1873, elles posaient la première pierre d'un orphelinat qui existe toujours,
mais sous une forme différente.
Avant les Filles de la Charité, la
Confrérie de la Suprême Charité joua, dès le XVIIème, un rôle similaire à
la seule différence mais de taille : ses membres étaient plus fortunés. Les
Filles de la Charité sont arrivées dans la paroisse
des Minimes en 1845. Elles se fixeront rue Christine, avant de rejoindre
le n° 150 de la rue Haute.
Au
XVIIIe siècle, la Place du Jeu de balles contenait encore une prairie où
un moulin actionnait une scierie. De 1837 à 1844, on
y relevèra encore une usine de fabrication de locomotives. Les locaux accueillirent
ensuite l'atelier du peintre Wiertz, puis les brocanteurs. Au début du XIXe
siècle, les Capucins construisirent un couvent, une
église, une crèche et une école de filles. Une rue rend hommage à leurs bienfaits.
En
1853, la place du Jeu de balles vit s'élever la caserne des pompiers conçue
par Poelaert. Dès 1970, la dite caserne s'avéra cependant
trop petite. En 1986, elle fut transformée en immeuble à appartements. On
trouve là aussi les 900 m2 des anciens dépôts de la gueuze La Mort Subitet.
QUARTIER DES ECRIVAINS
L'écrivain
anversois Georges Eekhoud (1867-1924) y situera l'action de son roman «Les
Voyous de velours". Il en fera apprécier la richesse à Michel de Ghelderode.
Ensemble, ils descendront souvent dans les bas-fonds
de la ville pour s'adonner à des beuveries. Anarchiste et homosexuel, Eekhoud
ne sera pas en manque d'inspirations lorsqu'il décrira le petit peuple dans
plusieurs de ses ouvrages. Tous deux se rendront également
dans le temple des joueurs d'échecs, la Taverne Greenwich, située rue des
Chartreux 7. Une taverne sera également fréquentée par René Magritte et Paul
Nougé, passionnés du jeu.
A un jet de pierre de la rue Haute, la rue des Minimes
(n°45) a longtemps accueilli l'écrivain carolo Jules Destrée. Paul Valéry,
qui s'enticha de Bruxelles par le biais d'Emilie Noulet (essayiste de Mallarmé,
Rimbaud et Valéry)rendra hommage à ce dernier lors de
sa disparition. Le 37 la rue des Minimes n'est autre que la maison natale
d'Edmond Picard, tandis que le n° 21 accueillit le poète Norge.
A
quelques pas de là (rue de Rollebeek 7), le cabaret
«L'Estrille du Vieux Bruxelles", ancien haut lieu littéraire, accueillit
notamment Norge et Odilon-Jean Périer. «La Tribune Poétique" y a souvent
tenu ses réunions en compagnie d'Eluard, de Carême, d'Audiberti et
de Supervielle.
Une
épidémie de choléra sévira de 1667 à 1669. Elle décima près de quarante mille
Marolliens. Il faudra attendre 1783 pour que l'hôpital Saint-Pierre y soit
construit en lieu et place de la léproserie datant de
1174. L'hôpital devint la propriété de l'Etat trois ans plus tard. A la demande
de Joseph II, il fut complété par un hospice, une maternité, un service pour
aliénés et un service pour des consultations. L'occupant
français allait lui ajouter un quartier pour syphilitiques et prisonniers
malades. En 1920, on décida de la construction d'un nouvel hôpital Saint
Pierre dont la capacité serait de 418 lits.
En
1823, on y créa une école de médecine disposant d'une entrée monumentale
(boulevard de Waterloo). Cette école fusionna avec la Faculté de médecine
de l'Université Libre de Bruxelles.
L'INSTITUT BORDET
A
proximité, rue Evers, se trouve l'Institut Bordet, créé en 1939 par les architectes
Jazinski et Brunfaut. Il servit successivement d'hôpital à l'armée allemande
puis britannique, avant de s'occuper de la lutte contre
le cancer. Il fut considéré comme un exemple de l'architecture Bauhaus (l'abstraction
de l'épure au service du peuple). Au bout de la rue se trouve une chapelle
de style Art Deco, la chapelle de l'hôpital Saint-Pierre.
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